Épiphanie du Seigneur : homélie de Mgr Denis Jachiet

Epiphanie du Seigneur

Homélie Épiphanie du Seigneur                               03/01/16

Il y a deux millénaires, quelque part au Moyen Orient – en Perse, en Mésopotamie qu’importe – des migrants d’un genre particulier se préparent activement à un long voyage. Dromadaires et serviteurs, équipage et présents fastueux : Qu’est-ce qui les motive ?

Ils ne fuient pas de famine ni de drame politique. Partant de leur recherche en astronomie, se lève au fond d’eux une étoile, un désir de comprendre, une quête de sens, plus que de science. Ils recherchent une intelligence plus profonde de la réalité et du sens de la vie.

Ce sont des chercheurs de vérité, des assoiffés d’un absolu, d’une transcendance.

 

1 – Bethléem « de toi sortira un chef »

A la venue des mages Hérode et Jérusalem ne se réjouissent pas, ils s’inquiètent ! Ils ont peur. Peur de perdre le pouvoir, la maîtrise des événements, de ne plus être au centre ? Peur de changer les habitudes religieuses, la culture rituelle, l’exclusivité du Temple ? Peur de l’étranger et de ses différences, pouvoirs, intérêts et sentiments religieux ?

Jérusalem refuse le signe du Messie mais sait interpréter l’Écriture, sans joie ni espérance.

Quelle est la réaction des habitants de Bethléem à l’arrivée des mages ?

Quels sont ces cadeaux inutiles pour un nouveau né, ces coutumes étranges ? Ne sont-ils pas les complices d’Hérode ? Des mages peuvent-il cohabiter avec des bergers ? Oui, Bethléem est la terre du Berger d’Israël et des nations. Elle est amenée à recevoir ces étrangers.

 

2 – Une espérance de la résurrection de Jérusalem

Jérusalem se relève péniblement de ses ruines au retour de l’exil (2ème lecture : Is 60)

Une promesse éblouissante lui est faite : la clarté du Seigneur l’inonde, une gloire la relève !

C’est la résurrection du peuple élu retrouvant une vie et un rayonnement plus grand !

Le retour des enfants depuis les terres de l’exil provoque le rajeunissement du peuple.

La venue des nations païennes et de leurs richesses va transformer sa vie, comme jadis la reine de Saba avec ses caravanes venue rencontrer le roi Salomon. Non ce n’est pas une invasion mais une fête. Non ce n’est pas un bazar mais des trésors qui enrichissent la ville. Non, ces langues étrangères ne font pas une cacophonie mais une louange au Seigneur.

Cette promesse est l’accomplissement de la mission de Jérusalem : porter la lumière de la Révélation divine contenue dans la Parole à tous les peuples païens qui cherchent Dieu dans les ténèbres. Une espérance tellement actuelle qui est la mission confiée à l’Église.

 

3 – Désirer la lumière du Christ par sa transmission à l’étranger

Aujourd’hui, désirons-nous cette clarté ? Sommes-nous prêts à devenir des communautés rajeunies, vivifiées, rayonnantes ? Sommes-nous capables d’accueillir ceux qui viennent de loin avec leurs richesses et leurs besoins ? Quelles sont nos peurs ?

Peur :   Des étrangers : différences, difficultés, besoins = ceux qui ne vivent pas comme nous.

Des païens : inculture religieuse, foi différente = qui ne croient pas comme nous.

Des savants : se sentir dépassé, sans réponse = ceux qui ne pensent comme nous.

 

Le Seigneur nous invite à regarder le non chrétien comme un mage porteur de richesses pour le Christ et pour l’Église ! Ces mages sont peut-être syriens, chinois, érythréen comme ces migrants que nous voyons dans les rues de la ville. Ils sont peut-être musulmans, bouddhistes, confucéens, agnostiques. Ils sont peut-être universitaires, chercheurs, intellectuels comme tant de ceux qui viennent travailler dans les haut-lieux culturels de ce quartier.

 

Chacun suivant sa route, certains rencontreront des chrétiens, deviendront des catéchumènes puis des frères en Christ. « Si l’on considère le Christ total on verra qu’à mesure qu’il se développe dans le monde toutes les nations, toutes les civilisations viennent apporter leur tribut à sa préparation » C’est la tâche de l’Église de mettre au service du Christ toutes les richesses des nations, de « faire tourner toutes choses en préparation du Christ »

Yves de Montcheuil, Leçons sur le Christ p 41-42.

 

La joie de la naissance du Sauveur s’étend à toute la création : les anges, les bergers, les mages. Le Messie est donné à Israël et à toutes les nations. « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, à la même promesse, dans le Christ Jésus » nous révèle saint Paul.

S’ouvrir au païen, à l’étranger, à l’inconnu bienveillant c’est s’ouvrir à la lumière du Christ. Apprenons à regarder l’autre en recherche comme un mage plein de richesses !

Jérusalem est notre communauté, notre paroisse : sommes-nous dans l’inquiétude ou dans l’allégresse devant la venue des nations vers sa lumière ? Sans nier les défis, sans se cacher les violences des hommes, cultivons l’espérance. La lumière du Christ nous est promise allons vers l’autre dans la joie !

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