2ème dimanche du temps ordinaire

Lectures : 1S 3, 3b-10.19; 1 Co 6, 13c-15a.17; Jn 1, 35-42.

Les textes de ce jour nous parlent tous de rencontre : rencontrer Dieu, comment est-ce possible ? qui rencontre-t-on ? quels sont les facilitateurs de cette rencontre ?

 

  1. Des corps en mouvements dans les quatre textes de la liturgie de ce dimanche.

 

Examinons d’abord comment cette rencontre avec Dieu se concrétise dans les textes :

Pendant notre temps de préparation en trio nous avons été frappées par le fait qu’il ne s’agit pas de rencontre entre purs esprits, mais que cette rencontre se fait par les sens, le regard, l’ouïe.

l’ouïe : c’est la  voix qui appelle Samuel,

-Le psalmiste «  tu as ouvert mes oreilles »

la vue : dans le Psaume, “Dieu s’est penché sur moi”, et dans l’Évangile de Jean, Jean-Baptiste pose son regard sur Jésus, Jésus pose son regard sur Pierre.

Rencontrer Dieu, c’est donc le rencontrer avec et par son corps sensible; à cette sollicitation par l’ouïe et le regard répond un déplacement, un mouvement :

– « se lever » : comme Samuel tiré de son sommeil, au milieu de la nuit,

– « venir » :

A l’écoute de la Loi, le psalmiste dit « Voici, je viens »

Dans l’Évangile, Jésus « allait et venait. » , alors que Jean-Baptiste le désigne à deux de ses disciples comme  « Agneau de Dieu ». Les disciples de Jean-Baptiste l’interrogent en tant que maître, Rabouni, ils l’interrogent sur sa demeure, sur le lieu de son enseignement et il répond : « Venez et vous verrez ». Dans la rencontre, c’est toujours une parole qui suscite le mouvement, le déplacement du disciple et c’est ce mouvement qui déclenche l’accès à une connaissance sur Dieu.

Rencontrer Dieu, c’est d’abord  apprendre à le connaître.

Ainsi dans le Livre de Samuel : « Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée »

Voyons maintenant comment accéder par la rencontre à cette connaissance de Dieu.

 

  1. Des attitudes complémentaires : disponibilité et persévérance.

 

Ce qui permet la rencontre, c’est un mouvement intérieur entre deux attitudes :

une attitude de disponibilité et une attitude de persévérance.

 

– l’attitude de disponibilité qui est ouverture, attente, présence à ce qui est :

  • C’est Samuel qui se lève et répond «je suis là», tout naturellement puisque son maître l’appelle pour le servir.
  • C’est le psalmiste qui vit dans l’attente : «D’un grand espoir, j’espérais le Seigneur».
  • Ce sont les premiers disciples qui cherchent et questionnent.

Cette attente donne l’impression d’une apparente facilité,

 

– mais sa cohabitation avec l’attitude de persévérance est indispensable :

  • C’est Samuel, qui se relève, et se relève encore,
  • C’est le psalmiste qui ne comprend que peu à peu que ce Dieu ne veut ni sacrifice ni holocauste, mais une parole qui vit, louange et se partage.
  • Ce sont les disciples qui vont demeurer auprès de Jésus, et ainsi le découvrir.

 

C’est ce double mouvement constant d’ouverture à l’inattendu et de maintien de l’attention qui permet d’entrer en relation et d’avancer dans la connaissance de Dieu.

 

  1. « L’identité des corps » : Qui nous appelle ? Vers qui aller ?

 

Ce que nous apprennent ces textes, c’est que répondre à cette question peut prendre du temps.

Au début on peut ne pas savoir, se tromper sur l’identité de celui qui nous appelle. Samuel prend du temps à comprendre qu’il ne s’agit pas de répondre à l’appel du prêtre Élie mais à celui du Seigneur ; ce qui est différent, et devrait nous amener à prendre la mesure de cette différence, à ne pas confondre le prêtre et le Seigneur, à nous maintenir vigilant, comme laïc ou comme religieuse, vis à vis de toute forme d’absolutisation du pouvoir du prêtre, et de toute forme de cléricalisme.

La question est centrale : Qui servir ? Vers qui aller ? A qui appartenir ?

Dans l’Évangile de Jean, Jean-Baptiste nomme Jésus  « Agneau de Dieu », Jésus va alors révéler aux disciples son identité de Messie. C’est grâce à cette rencontre qu’André pourra annoncer à Pierre que Jésus est le Messie.

La rencontre que font les deux disciples n’est pas seulement une rencontre avec un maître enseignant, mais la rencontre du Messie, le Messie annoncé par les Écritures.

 

Ce qui me semble très parlant et « appelant » dans cet évangile :

  1. Les deux premiers disciples sont  des disciples de Jean-Baptiste, ils ont reçu personnellement dans cette rencontre un enseignement direct de Jésus – ce dont ne semble pas avoir bénéficié Pierre, dont André fut le médiateur.
  2. Dans ce duo il y a un disciple anonyme , celui (ou celle?) qui peut nous autoriser à penser que ce premier disciple, invisibilisé, a pu être historiquement une femme, parmi celles qui ont suivi Jésus et qui sont restées dans un anonymat collectif dans les récits évangéliques. Ce qui nous conduit à penser que toute femme comme tout homme a pu et peut être aujourd’hui disciple de Jésus. Et cela va mieux en le disant…

Mais pour devenir disciple, un médiateur ou une médiatrice est nécessaire…

 

  1. Nécessité d’un médiateur

 

Médiateur,

Élie est l’un de ceux-là : il est présent, il observe, il se questionne et met en relation l’enfant avec Dieu. Il ne tire pas parti pour lui-même de la situation, il est passeur avec justesse et humilité.

Jean-Baptiste en est un autre : il pose son regard sur Jésus et le nomme, le reconnait comme plus grand que lui et ses disciples peuvent alors aller vers lui. Il leur ouvre la voie.

Jésus l’est également, lui, que les disciples appellent Rabbi, et qui va leur montrer le chemin et les enseigner.

 

Et grâce à ces passeurs, ces médiateurs, on n’en reste pas au moment de la rencontre, mais on peut accéder à la connaissance de Dieu, qui est cheminement patient.

 

Et nous, qui sont nos Élie ?

Qui sont ceux qui ont tenu pour nous cette juste place pour nous permettre d’apprivoiser la relation à Dieu ? Qui sont-ils ceux qui pour nous ont été des passeurs reconnaissant une puissance plus grande que la leur ?

 

Et nous, sommes-nous nous aussi capables d’être des Élie, d’éveiller sans enfermer, d’accompagner sans imposer, de reconnaître à l’autre la possibilité de développer une relation singulière à Dieu ?

 

  1. Que faisons-nous de notre corps de disciple ?

 

Être disciple, c’est donc être facilitateur de rencontre, et pour Paul, l’auteur de notre dernier texte, cela implique et concerne notre corps tout entier.

Car suivre le Christ c’est instaurer un rapport particulier à son corps, dès lors que l’on a appris par la rencontre que ce corps participe à sa Résurrection, et qu’il appartient au corps du Ressuscité :

« Frères, le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu par sa puissance a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera aussi. »

Dans notre trio d’évangile nous avons été tentées d’esquiver, de laisser tomber ce texte difficile de Paul qui parle de « débauche ».

A l’époque de Paul, le terme grec utilisé est « porneia », terme qui désignait deux formes de prostitution : la prostitution économique et la prostitution sacrée, dont on sait qu’elle était pratiquée en Grèce dans certains cultes.

Quel sens lui donner aujourd’hui ? Par quelles formes de prostitution nos corps peuvent-ils être soumis ? De quels « maîtres » notre corps est-il l’esclave ? Questions qui rejoignent celles que Claudie posait pendant la préparation du trio : « Que faisons-nous de nos corps ? De ce corps qui nous a été donné ?»

Osons une réponse à la lecture de l’épître aux Corinthiens :

Être disciple, ce n’est pas croire en la Résurrection de purs esprits, c’est rencontrer Dieu dans et par son corps, c’est croire en la Résurrection des corps dès à présent, c’est-à dire considérer que son propre corps participe à cette Résurrection, quand il est concrètement et prioritairement libéré des emprises, de ce qui peut l’asservir et porter atteinte à sa dignité et son intégrité.

Quelles peuvent être ces emprises ?

Le pouvoir de l’argent, celui de pratiques addictives, la volonté d’exercer une emprise sur le corps de l’autre, ou aussi celle d’accepter cette emprise sur son propre corps, également le pouvoir de croyances et d’idéologies – comme aujourd’hui où certaines formes de management mènent au « burn out », d’une certaine manière à la “consomption” du corps entier.

Se détourner de ces formes de prostitution modernes, de « porneia », pour faire entrer son corps dans des relations dignes et respectueuses, parce que libérées de ces emprises, subies ou infligées sur le corps des autres : c’est un choix de vie, c’est la condition pour être disciple et participer réellement au Corps Ressuscité du Christ, notre Seigneur, dont nous ferons mémoire dans le sacrement de l’Eucharistie.

 

Béatrice, Claudie, Catherine

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