3ème dimanche de Carême

07/03/2021   –   3ème dimanche du Carême

Ex 20, 1-17  |  Ps 18b (19)  |  1 Co 1, 22-25  |  Jn 2, 13-25

Commentaire sur le texte

Les textes de ce jour nous invitent à méditer sur un pilier des commandements de Dieu et des fondements de la morale chrétienne ; l’idée qui se dégage est l’importance du symbole ou de l’intermédiation dans la relation de l’homme avec Dieu.

Dans le livre de l’exode, nous avons le décalogue, la table des lois, signe d’alliance que Dieu conclut avec le peuple d’Israël.

Selon le récit biblique, cette loi sera donnée une seconde fois, car celles que nous avons écoutées ce matin seront brisées par Moïse, dans sa colère, de retour du mont Sinaï, en voyant son peuple adorer une idole, le veau d’or. Une colère déjà.

Peut-être aussi une difficulté pour le peuple, c’est-à-dire nous, à trouver la juste relation avec Dieu : le peuple avait eu peur d’accompagner plus avant Moïse sur le mont Sinaï, il s’est ensuite senti abandonné en attendant Moïse, et a repris ses habitudes d’adorer un dieu présent par une matérialisation – le veau d’or – pour croire en sa présence ; Dieu l’a si bien compris qu’il faudra donc à Moïse retourner sur le Sinaï et obtenir une nouvelle table de la loi. Le peuple hébreu adhérera à cette foi en voyant le visage resplendissant de Moïse, un signe qui leur a permis d’accepter la parole mais aussi d’installer Moïse comme l’intermédiaire auprès de Dieu. L’observance de la loi devient alors pour ce peuple, la base de la vie et de l’alliance avec Dieu – y compris dans le quotidien régi par un long code qui suit le texte lu ce matin.

Dans l’évangile de Jean, Jésus rentre dans le temple et trouve des marchands de toutes sortes de bestiaux destinés à précisément remplir ces prescriptions d’holocaustes pour honorer Dieu. Il se met en colère lui-aussi et chasse tout le monde du temple – alors même que ce temple représente l’histoire de ce peuple qui se crée dans l’obéissance à cette loi.

Nous pouvons imaginer le désarroi de ce peuple qui réclame de nouveau un signe, espérant voir un nouveau Moïse resplendissant, plein d’autorité manifeste.

Si nous relisons plus attentivement, « beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait », mais les disciples aussi « crurent à la parole et l’écriture », non pas sur le champ mais après que Jésus soit réveillé d’entre les morts. C’est à partir de ce moment que les disciples se mettront en chemin vers Dieu, sans devoir passer par un protocole et des intermédiaires très terrestres, nous entraînant à leur suite.

Reprenons l’évangile de Saint Jean – nous y entendons aussi le dialogue étrange sur le vrai temple, un quiproquo entre Jésus et des Juifs qui ont assisté à la scène.

L’épisode se déroule, alors que Jésus commence sa vie publique, juste après Cana. Il vient fêter sa première Pâques à Jérusalem après le baptême dans le Jourdain. En même temps, il annonce déjà la fin, la Passion – en parlant du Temple qu’il relève en trois jours.

La seconde lecture reprend ce thème de la mort et de la résurrection, et elle répond à la question de l’intermédiation. Un appel à une remise en question et au renouvellement de notre foi. Remettre au centre la relation simple avec Dieu – se délester du poids de certains symboles, ni folie ni faiblesse mais juste la foi et l’appel à suivre Jésus.

Et aujourd’hui dans nos vies ?

Aujourd’hui, dans ce contexte de crise sanitaire, nous faisons face à de nombreuses contraintes avec la multiplication de nouvelles règles presque chaque jeudi. Devoir porter le masque, rentrer chez soi avant 18h, ne plus aller au restaurant, être confiné le week-end pour certaines régions.

Ne nous mettons pas en position de subir ces changements, mais profitons-en plutôt pour nous réinventer. Nous pouvons faire un parallèle entre ce qu’est devenu le temple : un lieu de commerce de la relation à Dieu, et ce que nous sommes devenus avec tous ses changements dans nos vies qui nous éloignent de Dieu. La destruction du temple, c’est une invitation à nous débarrasser de nos mauvaises habitudes qui nous entravent dans notre relation à Dieu, à simplifier notre cheminement spirituel.

Il peut paraître difficile, dans nos vies réglées comme du papier à musique, de faire de la place pour Dieu. Nous sommes appelés à ralentir pour mieux accueillir son Amour.

L’amour de Dieu, cet amour sans limite, inconditionnel, qui nous nourrit au plus profond de nos êtres.

C’est cet amour que nous devons faire rayonner.

Rayonner à travers la prière, ça tombe bien, il me semble que nous sommes tous disponibles après 18h pour trouver un moment privilégié avec Dieu. Si nous décidions, par exemple, de ne plus regarder le journal de 20h tous les jours mais une à deux fois par semaine. Que se passerait-il ? D’abord nous serions sans doute moins stressés par toutes les nouvelles accablantes du monde. Puis nous aurions d’un seul coup plus de temps à partager avec Dieu, et avec nos proches. La prière me paraît une excellente alternative au journal de 20h.

Rayonner à travers notre relation à l’autre, celui ou celle dans le besoin, celui ou celle qui souffre de la solitude. Nous avons tous un voisin ou une voisine, un collègue, un ami, un proche, ou une personne dans notre quartier qui a besoin de nous, d’être considéré, qu’on prenne le temps de s’intéresser à lui. Nous pouvons par exemple décider d’abandonner le traditionnel « Bonjour ça va ? » Notre interlocuteur de répondre « ça va et toi ? », ce qui en réalité à plutôt tendance à fermer la conversation, personne n’a envie de s’épancher sur ses problèmes de santé ou son moral en berne. Alors, essayons le « bonjour » qui réconforte, celui que l’on dit avec empathie à une personne malade, celui qui ouvre la discussion qui montre à l’autre qu’on a du temps pour lui.

« Bonjour »

Isabelle, Marie, Mireille, Damien, Grégoire

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