
A première lecture, la Loi m’a fait penser à cet ancien feuilleton télévisé intitulé : « fais pas
ci, fais pas ça »… Mais en réfléchissant, je me suis dit que la Loi, c’est ce qui permet de
faire société, de vivre ensemble. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te
fasse : c’est le minimum pour vivre ensemble.
Puis, à force de ressasser « fais par ci fais pas ça » j’ai eu comme une sorte d’illumination
et me suis souvenue de la parole d’Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. Mais ce que
tu fais, fais-le par amour. »
Les mots de Jésus semblent « difficiles à avaler »… sauf si l’on se rappelle qu’il n’y a
qu’un seul commandement, celui d’aimer.
Du coup, on passe du « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » à
« comporte-toi avec autrui comme avec Jésus en personne »
C’est un texte difficile mais il faut le replacer dans l’ensemble du chapitre 5 de Matthieu : il
est précédé de 9 béatitudes, appels au bonheur en Dieu, assorties de l’affirmation que
nous sommes la lumière du monde, et il est suivi d’un appel à aimer – même ses ennemis.
Impossible de comprendre les exigences posées par Jésus sans les remettre dans ce
contexte d’appel au bonheur et à l’amour.
Ainsi la loi prescrite par Jésus (« moi je vous dis ») apparaît comme un chemin de
libération : sortir d’un corpus de prescriptions (qui signaient l’alliance première) pour
accéder à l’alliance de communion avec le Père. Alors on peut contempler « les merveilles
des la loi » comme le dit le psaume.
Ne nous laissons pas ligoter par les prescriptions. Surtout quand elles engendrent la
culpabilité de ne pas les avoir respectées ! (oups ! j’ai mangé du chocolat pendant le
carême… je n’ai pas fait maigre le vendredi… etc.). Parce que la loi donnée par Jésus ne
concerne pas les choses mais les personnes, et la relation que nous avons avec autrui.
Ce n’est pas « fais pas ci, fais pas ça » mais : regarde ton frère, chaque homme, chaque
femme comme un être humain qui est à l’image de Dieu et habité par l’Esprit saint.
Moi qui suis complètement rebelle aux prescriptions, j’ai cherché de quoi conforter ma
réflexion. J’ai relu l’exhortation Gaudete et Exultate (2018). J’y ai trouvé ces mots :
Dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet
de distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. Il ne nous offre pas deux
formules ou deux préceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de
Dieu qui se reflète dans beaucoup d’autres.
Comment vivre l’Amour avec nos frères, quelles sont les orientations de notre vie, quel
est, pour chacun, le chemin le plus adapté pour atteindre le royaume des cieux, et dans
quel idéal voulons-nous vivre ?
J’aime tout particulièrement cette phrase de Saint Jean qui résume tout :
« DIEU est Amour.
Qui demeure dans l’Amour
Demeure en DIEU
Et DIEU demeure en lui ».
Autre phrase qui me parait très importante :
« Que votre parole soit Oui si c’est oui ; Non si c’est non »
Si DIEU nous appelle, soyons capables de lui dire oui, comme cela, sans réfléchir, comme
les disciples l’ont fait il y a 2000 ans. Il va nous aider et nous soutenir dans nos forces et
nos faiblesses, faisons-lui confiance même si nous doutons souvent, Lui il sera toujours
présent, toujours disponible, toujours à notre écoute.
Le oui ou le non, c’est une formidable liberté que DIEU nous donne dans notre vie.
Si c’est oui, il faut que ce oui nous engage à suivre les traces du Christ dans l’Amour, mais
le non n’est pas forcément un rejet du prochain.
Aimer les gens c’est parfois leur dire non, cela ne veut pas dire que nous ayons toujours
raison, mais soyons vrais dans la relation que nous avons avec chacun. Dire oui, dire non,
c’est une orientation dans les décisions que nous avons à prendre, que ce soit dans notre
vie professionnelle ou dans notre vie privée, parfois nous devons décider, nous devons
trancher prendre des risques.
C’est cela vivre et aimer.
Je pense aux différents engagements que nous pouvons prendre dans des associations
comme bénévoles lorsque nous sommes sollicités. Il n’y a pas de honte à dire non ; trop
souvent nous n’osons pas le dire, pourtant cela rend service aux responsables qui, eux,
vont pouvoir s’organiser en conséquence.
Que votre parole soit oui, si c’est oui ; et qu’elle soit non, si c’est non.
Il n’y a qu’une chose que Dieu demande : est-ce que tu M’aimes ?
Il veut juste que nous essayions d’être nous-mêmes, en toute liberté, au-delà du permis ou
du défendu ; être dans l’élan, tendre vers Lui, nous rapprocher le plus possible de Lui qui
est notre essence véritable.
Dieu est infini, tellement profond, tellement au-delà de la Loi telle que notre intelligence
peut la comprendre.
Notre être véritable, notre profondeur peut Le rejoindre, notre cœur peut se dilater en Lui,
bien au-delà des obligations et des contraintes.
Dieu nous dit : Je veux ton amour fou, absolu…
Vivre chaque jour un truc fou, ou juste un « petit plus ».
Vivre dans l’élan.