
L’évangile nous découvre les débuts de la vie publique de Jésus. Il va s’installer à Capharnaüm, ville cosmopolite, carrefour de nationalités, et il va prendre le relais de Jean le baptiste en proclamant que le « royaume des Cieux est tout proche » et qu’il faut se convertir. Il croise deux frères qui sont en train de pêcher et il leur demande de le suivre. Sans poser une question, ils laissent tout pour le faire. C’est surprenant car ils ne le connaissent pas, ils ne posent pas une question, ils laissent un métier, une famille, un village pour partir à l’aventure. Peut-être que les évangélistes, en particulier Matthieu, ont embelli la réalité. Ils veulent sûrement insister sur la radicalité de l’appel de Jésus. « Que votre oui soit oui, que votre non soit non » dit Jésus après les Béatitudes. Jésus appelle des apôtres à une vie d’engagement total. Il les appelle pour qu’ils deviennent des pêcheurs d’hommes. Fini les poissons, c’est maintenant vers les hommes et pour les hommes qu’ils vont travailler. Ils n’affronteront plus ce lieu de la mort qu’est la mer, mais ils sauveront de la mort des humains. Enfin, peut-être que cet appel insiste sur la constitution d’une équipe : proclamer le royaume des Cieux nécessite de le faire à plusieurs, ce n’est pas une entreprise privée.
Le danger de cet évangile est de croire que Jésus appelle une petite élite pour annoncer la Parole de Dieu et que les seuls concernés sont les prêtres et les religieux, religieuses. Certes Jésus constitue une équipe de 12 autour de lui, mais tous les disciples sont appelés eux aussi à annoncer en vivant l’évangile qu’ils reçoivent. Les exégètes estiment qu’à la fin de la vie de Jésus, il y a autour de 120 disciples, hommes, femmes qui suivent son enseignement, et essaient de mettre en pratique la foi qu’il prêche. Ceux-ci continuent leur vie, leur métier, et se déplacent à l’occasion pour le voir et l’écouter. Aujourd’hui nous connaissons la même situation et s’il y a des hommes, des femmes qui sont appelés au ministère de prêtres, diacres, religieux ou religieuses, il y a aussi une variété de vocations c’est-à-dire d’appels à la mission auxquels chacun répond en fonction de son lien avec le Christ, de ses choix de vie, de ses désirs et charismes. Aujourd’hui, comme au temps de Jésus, nous sommes une minorité dans notre ville, notre quartier, notre milieu, souvent dans notre famille, etc. à croire au Christ, en sa résurrection et en la vie éternelle. Aujourd’hui, nous savons bien que le témoignage de tous est nécessaire, indispensable pour que des hommes et des femmes connaissent Jésus et fassent une démarche de foi. Très souvent les catéchumènes adultes qui se présentent au baptême ont été touchés par un croyant-pratiquant qu’ils ont rencontrés parmi leurs amis, au boulot, dans telle ou telle circonstance particulière.
Pierre et André, Jacques et Jean ont entendu l’appel de Jésus et sont partis. Pour nous, c’est parfois plus compliqué. Il nous faut du temps pour décrypter quelques signes et nous hésitons. Tout quitter ou tout simplement abandonner un certain style de vie, un métier, des amis, nous questionne, nous fait hésiter, nous fait repousser la réponse à plus tard. Le chemin que le Christ propose c’est le chemin de la vie, de sortir d’une vie qui nous plait qu’à moitié, pour vivre à plein une vie épanouissante parce que comblée par l’amour de Dieu et des autres. A nous chrétiens d’entendre en ce dimanche le Christ nous demander de le suivre, chacun selon notre vocation, pour devenir de pêcheurs d’hommes, en témoignant concrètement qu’avec lui, la vie est nouvelle, éternelle.
Père Jean COURTES