
Nous connaissons bien le récit de saint Luc où il raconte la marche de Mr et Mme Cléophas avec un inconnu, qui se révélera Jésus. Ils quittent Jérusalem déprimés, déçus, car ils faisaient partie de ceux qui avaient cru que Jésus était le Messie attendu, mais ils l’ont vu mourir sur la croix. Ils rentrent chez eux le cœur lourd ! Comme sur le chemin de saint Jacques de Compostelle, les pèlerins s’invitent entre eux à marcher ensemble. Un inconnu les rejoint et une journée de marche mémorable commence. Nous connaissons la suite.
Ce récit nous propose de devenir compagnons d’Emmaüs de deux manières en nous invitant aux trois tables proposées. D’abord en accueillant le Christ dans notre vie. Comment ? En partageant la Parole. Saint Luc nous raconte que ces disciples partagent avec leur invité leur espoir déçu. Ils parlent de leur foi et de leur espérance. Ce dernier va faire le lien entre leur vie et les Écritures. Autrement dit, il s’appuie sur ce qu’ils vivent pour les relier avec tout ce que l’Ancien Testament dit du Messie. Croiser nos vies avec l’évangile est une des invitations de cet évangile. C’est ce que nous essayons de faire dans nos partages d’évangile, dans nos catéchèses, chaque fois que nous voulons actualiser cette Parole de Dieu pour qu’elle devienne Bonne Nouvelle pour aujourd’hui.
Mais il se fait tard et Mr et Mme Cléophas invitent l’inconnu à partager avec eux le repas et le repos. Après la table de la Parole, voici la table du Pain, de l’Eucharistie, de l’action de grâce. C’est alors que leurs yeux s’ouvrent, que leurs cœurs battent plus fort, car ils comprennent, ils sentent, ils sont sûrs que cet inconnu est le Christ ressuscité. Il n’a plus besoin d’être là physiquement. Quand nous partageons le Corps et le Sang du Christ ressuscité, quand nous communions, il est là présent en nous. Nous le savons, nous le sentons, nous en sommes sûrs et nous ne sommes pas les seuls à en faire l’expérience.
La fatigue est passée, ce n’est plus l’heure de se coucher, ils repartent transformés pour annoncer aux autres disciples ce qui leur est arrivé. Après le partage de la Parole, du Pain, il faut qu’ils partagent avec les autres. Ils ne peuvent garder pour eux cette joie. Ils veulent à leur tour témoigner que le Jésus mort sur la croix est bien vivant car ils l’ont vu, ont marché avec lui, parlé avec lui, mangé avec lui. A la table de la fraternité, les compagnons d’Emmaüs témoignent que le Christ les a rejoints et ils reçoivent aussi le témoignage des autres disciples qui ont fait la même expérience différemment. A notre tour, nous sommes invités à rencontrer des hommes et des femmes en quête de Dieu pour leur partager notre expérience de la présence du Christ dans notre vie.
Si le Christ est notre compagnon d’Emmaüs, il nous invite à devenir compagnons d’Emmaüs auprès d’autres personnes pour leur révéler ou plutôt les aider à discerner la présence de Dieu dans leur vie. Chaque fois que nous nous faisons catéchistes auprès d’enfants ou d’adultes, chaque fois que nous écoutons les questions fondamentales de tel ou tel, chaque fois que l’on nous demande de témoigner de notre foi, nous devenons compagnons d’Emmaüs. A nous alors de prendre le temps de nous asseoir aux trois tables de la Parole, de l’Eucharistie et de la Fraternité. Chaque fois que nous essayons de faire le lien entre ce qui nous est dit et l’évangile, nous aidons à la découverte de la présence de Dieu dans la vie. Chaque fois que nous rendons grâce et que nous partageons l’Eucharistie avec tel ou tel dans une communauté, nous rendons présent le Christ ressuscité. Et chaque fois il nous envoie vers les autres pour continuer la route d’Emmaüs. Elle est comme la Vie, éternelle !
Père Jean COURTES