
Nous connaissons bien la parabole de ce dimanche car nous l’entendons tous les ans puisqu’elle est présente dans les trois évangiles synoptiques. Aujourd’hui, Matthieu fait suivre la parabole de l’explication de Jésus à ses disciples. Relisons-la, écoutons-la avec une oreille attentive, et entrons dans son intelligence.
Un semeur est sorti pour semer des grains. Faute de précision de ses gestes, certains grains tombent dans la bonne terre, d’autres dans les broussailles, d’autres sur des pierres. Il n’est pas étonnant que la productivité ne soit pas la même pour chaque grain. Ce qui est mis en cause ce n’est pas la qualité de la graine mais du terrain. La graine c’est la Parole du Royaume, la parole de Dieu. Le terrain est multiple : il est chaque homme qui entend la Parole, il est le peuple dans et pour lequel elle est prononcée, il est le monde, l’humanité qui peut et doit l’entendre.
Nous sommes la terre dans laquelle la parole de Dieu est semée. Regardons-nous en vérité : nous sommes un mélange de bonne terre, de broussailles et de rocailles. Nous aimerions peut-être être bonne terre à 100%, mais nos faiblesses, nos imperfections, notre égoïsme, etc. font que nous sommes selon le temps et les évènements un peu tout. Alors si nous voulons recevoir le message du Christ et surtout le comprendre en profondeur et le vivre, il nous faut dépierrer notre terrain. Jour après jour, comme ces bergers du Causse le faisaient au début du 19° s, enlever une par une les pierres qui empêchent la bonne terre. A cette époque, ils édifiaient des petits murs de pierres sèches pour mettre à jour la bonne terre et construisaient par la même occasion une clôture pour leurs troupeaux. Occasion pour nous de faire un examen de conscience et de prendre les mesures ad hoc pour améliorer notre terrain. Il en va de notre responsabilité.
Le terrain c’est aussi le peuple qui reçoit la Parole. Peuple de Dieu, l’Église prêche et veut vivre cette Bonne Nouvelle. Elle fait l’expérience de son imperfection et de ses nombreuses défaillances. Depuis plus de 10 ans, le pape François les a nommées : abus sexuels, de pouvoir et spirituels, sans compter qu’en regardant son histoire elle peut apercevoir des faits contraires à l’annonce de l’évangile. Elle a entrepris un travail de vérité, de réparation et de purification qui lui permet à la fois de vivre de cette Parole du Royaume qui lui est confiée et d’en vivre. Le chemin est entamé, il est non seulement prometteur, mais il est le lieu même de l’expérimentation en vérité du message du Christ.
Enfin, le terrai c’est aussi toute l’humanité. C’est pour elle et à elle que s’adresse la Parole du Royaume. Le Christ fait basculer la Bonne Nouvelle d’un petit peuple à l’ensemble de l’humanité. Il nous suffit de regarder notre monde pour voir qu’il est malade, qu’il souffre à cause des guerres, des maladies, de l’égoïsme des peuples, etc. Là aussi il y a un grand champ à dépierrer. La tache parait titanesque et pour ne pas dire impossible. Heureusement quelques hommes et femmes essaient jour après jour de mettre concrètement plus d’humanité et de fraternité dans notre monde. Que de gens mobilisés contre l’horreur quand elle se produit ! Là encore la Parole du Royaume est entendue et vécue pour plus d’humanité et de fraternité. C’est ça l’amour ! Dieu s’est incarné pour cela. Comprenons-le et vivons sur notre mètre carré de terrain cette Parole qui donne la vie en plénitude.
Père Jean COURTES