
La parabole de ce dimanche est étrange et peut nous mettre mal à l’aise. Etranges ces noces qui ont lieu la nuit, où le fiancé tarde à venir et la fiancée absente, où les demoiselles d’honneur s’endorment. Certaines ont prévu une réserve d’huile pour la nuit, et d’autres non. Quand l’époux arrive au milieu de la nuit, les prévoyantes ne veulent pas partager leur huile avec les autres et ce sont elles qui entrent dans la salle de noces. Les retardataires en seront exclues. Où sont les grandes valeurs chrétiennes de bienveillance, de solidarité, de fraternité ? Et si l’époux représente Dieu, où est sa miséricorde ? Que veut dire Jésus en racontant cette histoire.
Rappelons d’abord que le style de la parabole est souvent binaire. Elle ne fait pas non plus dans la nuance. Elle met en lumière une idée avec force. Elle ne veut pas tout dire, tout traiter. Ceci étant dit, un point central de cette parabole est l’huile. Que symbolise-t-elle ? Pourquoi ne peut-on pas la partager ? Pour nous chrétiens, l’huile qui éclaire notre vie, c’est la foi. C’est notre relation à Dieu, très personnelle, très intime, dont nous pouvons témoigner, mais qui ne se partage pas au sens d’en donner un morceau. Cette foi est un don de Dieu qui nous est fait et que nous devons entretenir. Dans la parabole cinq entretiennent cette foi que Dieu leur donne et cinq ne le font pas. L’épreuve du temps et de la nuit les éloigneront de la salle de noces, autrement dit du Royaume de Dieu. Première conclusion : entretenons notre relation à Dieu.
Un autre point ressort de cette histoire : la longue attente du Règne de Dieu. Promis dans les évangiles et dans les lettres de Paul pour les années qui suivent, voilà que plus de 20 siècles plus tard, certains croyants baissent les bras et n’attendent plus rien. La parabole leur dit : tenez bon ! Il tarde peut-être, mais il vient, il arrivera un jour, vous ne savez pas quand, tenez-vous prêts. Pour cela il faut avoir de l’huile en réserve. Nous pouvons d’ailleurs nous tourner vers Dieu dans la prière pour lui demander : « Tiens ma lampe allumée, ma flamme est si fragile, tiens ma lampe allumée jusqu’à ton domicile, Toi seul peut me guider » Oui, la foi et l’espérance sont des dons de Dieu que nous accueillons et que nous sommes invités à entretenir. Nous en connaissons les moyens : lecture de l’évangile, prières, sacrements, partages fraternels, etc.
Reste quand même un dernier point : pourquoi cette extrême sévérité du marié qui ne veut pas accueillir les retardataires ? Certes elles n’ont pas eu assez d’huile, mais elles sont allées en pleine nuit en acheter et elles sont revenues pour participer à la noce. Si le marié représente Dieu, nous sommes loin d’un Dieu accueillant et miséricordieux. Si l’entrée dans la salle de noces est l’accès à la vie éternelle, elles en sont exclues parce que Dieu ne les connait pas. Et s’il ne les connait pas c’est parce qu’elles n’étaient pas là quand il est arrivé. Elles manquaient d’huile, de cette relation à Dieu et aux autres qui seuls donnent accès au Royaume. Est-ce une bonne réponse ? Pas sûr !
Père Jean COURTES