
Cet évangile de l’aveugle-né fait penser aux jeux paralympiques et à tous les handicapés qui font notre admiration par leur volonté et leurs efforts quotidiens pour vivre « normalement ». Quel regard avons-nous sur le handicap ? S’il nous fait peur l’évitons-nous ? Au temps de Jésus, et peut-être encore aujourd’hui pour certains, il est vu comme une punition. Qui a commis la faute ? Pourquoi lui, nous ? La réponse de Jésus est claire : personne n’a commis de faute qui expliquerait l’état de l’aveugle-né. La maladie n’est pas une punition de Dieu. Et il propose à cet homme de participer à sa propre guérison : « va te laver à la piscine de Siloé ». A lui d’être acteur de sa nouvelle vie !
Pourtant, le début de l’évangile est étrange : quelle drôle d’idée de Jésus de lui mettre de la boue sur les yeux, de quoi le rendre encore plus aveugle ! Saint Irénée y voit la symbolique d’une re-création (l’homme pétri avec de la glaise) et saint Augustin la symbolique du baptême : passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. L’eau de la piscine, le lieu de la nouvelle naissance. Mais pour que ce miracle ait lieu, il faut la foi.
Dans l’interminable interrogatoire que mène les pharisiens c’est l’identité de l’auteur de la guérison qui est questionnée. Qui est cet homme qui a fait cela ? « L’homme qu’on appelle Jésus ». C’est l’histoire d’une rencontre fraternelle : l’homme Jésus rencontre un aveugle-né, il le voit, lui parle et lui propose de changer de vie. Les pharisiens peuvent-ils comprendre ? Dans cet évangile ils sont campés dans leur agressivité et leur rigidité. Un bon juif peut-il faire un miracle le jour du Sabbat ? Non bien sûr. Mais le miracle est là sous leurs yeux, vu la présence de cet homme et du témoignage des parents et voisins, rien à faire ils refusent que Jésus vienne de Dieu. Le procès est déjà commencé !
L’ancien aveugle croit-il au Fils de l’homme, au Messie, à celui que Dieu doit envoyer pour changer la vie de chacun et du peuple ? « Qui est-il Seigneur pour que je croie en lui ? »Jésus se révèle, se propose à sa foi et il le reconnait parce que sa vie a changé, qu’il est né de Dieu, qu’il est sorti de la nuit et qu’il voit désormais avec les yeux de la foi. Il vit déjà dans la lumière de Pâques.
Cet évangile peut réveiller un peu notre foi puisqu’il la questionne : croyons-nous en Jésus Fils de Dieu ? Si oui, nous avons une vision du monde, des personnes, marquée par l’amour de Dieu pour tous, par la fraternité, la volonté de pardon et de miséricorde, la recherche de la paix. Dans ce temps de notre histoire marqué par la guerre au Moyen- Orient, en Ukraine et en d’autres points du monde, nous croyants, chrétiens que pensons-nous, que disons-nous, que faisons-nous pour la paix ? Bien sûr, c’est difficile d’agir directement et efficacement, mais la foi au Christ ressuscité nous fait participer à cette nouvelle vie d’amour et de fraternité voulue par Dieu. Quand toutes les religions du monde vont-elles s’unir pour dire non à la guerre et oui à la paix et à la fraternité ? Ce serait vraiment un nouveau printemps pour notre monde. Pâques est au bout du chemin !
Père Jean COURTES