
Nous connaissons bien cet évangile du sel de la terre et de la lumière du monde et nous connaissons bien la nécessité et les vertus du sel et de la lumière. Le sel élément essentiel à la nourriture non seulement pour lui donner du goût, mais aussi dans le temps, avant les congélateurs, pour la conserver, était très utilisé et pas toujours pour le bien et le bon. Après une guerre, il était utilisé pour faire de la terre brulée, pour que rien ne repousse : on répandait du sel en grande quantité et le sol devenait incultivable pendant un certain temps. L’excès de sel rend aussi la nourriture immangeable. Mais savez-vous qu’un peu de sel avant le labour était utilisé dans l’Antiquité pour tuer les mauvaises herbes et fertiliser le sol ? La juste dose est bonne pour la vie, l’excès la tue ! Il en va de même pour la lumière. Trop de lumière éblouit, aveugle et grille les plantes par exemple, alors que sans lumière rien ne pousse et personne ne peut vivre.
Si les disciples du Christ sont le sel de la terre, ils doivent donner du goût à la vie du monde par leur parole et leur mode de vie. Jésus les charge de cette mission et pour cela il va les enseigner et vivre avec eux pendant trois ans. A son école, ils vont le voir et l’entendre commenter la Loi de Moïse, le voir aller régulièrement dans un lieu désert pour prier, le voir s’arrêter devant les malades, entendre sa réponse au jeune homme riche, le voir discuter et manger avec Zachée ou Simon, apprendre de lui la prière du Notre Père, le voir aussi aller au bout de sa vie avec foi, courage et dignité. Les disciples sont à son école pour apporter au monde des hommes cette Parole de Dieu qui est Parole de vie.
Aujourd’hui, nous sommes les disciples du Christ et à nous de nous mettre à son école pour accueillir et laisser son message nous transformer toujours davantage. Comme Paul le dit aux Galates, le compagnonnage avec le Christ fait qu’à certains moments, « ce n’est plus nous, c’est le Christ qui vit en nous ». La Parole de Jésus nous rejoint et éclaire notre vie sans nous éblouir, sans se substituer à notre jugement et à nos décisions. Mais notre fréquentation de la Parole de Dieu met en nous peu à peu cette lumière qui éclaire nos choix et nos vies.
Mais pour porter témoignage et donner à d’autres l’envie de se mettre à l’école du Christ, nous devons rendre compte de notre foi avec « douceur et respect », comme dit Pierre dans sa première lettre (3, 15), autrement dit trouver la juste mesure. Si nous sommes entourés d’incroyants, vivons notre foi avec joie, simplement, sans vouloir à tout prix convaincre. Si l’on nous pose des questions, même difficiles, essayons d’y répondre simplement et sincèrement sans forcément chercher des raisonnements justificatifs compliqués. Si nous vivons dans un environnement indifférent, posons de temps en temps discrètement des gestes qui font signes et qui peuvent amener au dialogue. Exemple : nous allons entrer en carême le mercredi 18 février, vous allez à la messe des cendres, c’est un signe qui peut ouvrir à la discussion. Si vous êtes en milieu pratiquant, là aussi adaptons-nous à nos interlocuteurs, pour que nos paroles trouvent un écho. Vouloir parfois en faire trop joue souvent comme un repoussoir. Il faut trouver la juste dose pour que son témoignage soit accueilli et puisse porter du fruit.
Père Jean COURTES