
A la lecture de cet évangile nous pourrions penser que Jésus disqualifie la Loi de Moïse, les 10 commandements. C’est vrai que de temps en temps, dans ses discussions avec les pharisiens et les docteurs de la Loi, il prend le contrepied, il donne une version différente. Pensons à : « Le sabbat est fait pour l’homme » (Marc 2), il guérit le jour du sabbat, il permet à la femme adultère de partir libre (Jn 8), etc. Jésus ne dit pas qu’il ne faut plus pratiquer la Loi de Moïse, bien au contraire, il est venu l’accomplir, la parfaire. Pour lui comme pour tout juif à son époque, la Loi de Moïse est absolument nécessaire à la vie collective, mais en plus c’est Dieu qui l’a promulguée pour que son peuple vive dans l’alliance. Les prophètes ont passé leur temps à rappeler la Torah comme lien concret entre Dieu et son peuple.
Jésus reprend des articles de cette Loi pour aller plus loin. Pourquoi ?
Avec le temps, les interprétations de la Loi ont été nombreuses et se sont noyées dans des applications dont on a perdu le sens. Jésus revient à la source : Dieu. Ne pas commettre de meurtre parce que toute personne est créature de Dieu. Ne pas commettre d’adultère parce que toute union se fait au cœur de l’alliance de Dieu et de son peuple. Ne pas jurer par le ciel car invoquer Dieu pour tromper l’autre n’a aucun sens. La Loi n’est pas du côté de la contrainte et de la mort, mais de la vie.
Nous sommes invités aujourd’hui, nous chrétiens, à entendre et à comprendre cette Loi de Moïse à la lumière de la parole de Jésus. Or, Jésus met l’homme au centre. Il met l’amour du prochain comme le cœur de tout commandement de Dieu, car il choisit la vie et il nous indique le chemin de la vie. Comment ne pas s’arrêter sur ces paroles : « Quand tu viens faire ton offrande à l’autel, si tu te souviens que tu as un grief contre ton frère, laisse-là ton offrande et va te réconcilier avec lui » (Mt 5, 23), et plus loin : « Tout homme qui regarde avec convoitise une femme a déjà commis l’adultère dans son cœur », car elle n’est pas un objet de tentation mais une fille de Dieu. Aimer Dieu et aimer son frère, l’autre, sont inséparables.
Dans la première lecture de Ben Sira le Sage, la vie et la mort sont proposés aux hommes, à eux de rester fidèles en faisant le bon choix. Paul parle de la Sagesse de Dieu que nous avons à découvrir par la foi au Christ qui est l’expression même de l’amour de Dieu pour l’humanité. Ce chemin de la vie met l’homme au cœur de nos choix et quand nous nous posons des questions difficiles, le critère premier pour un discernement est son bien. Cela n’abolit pas la loi, cela l’humanise, rappelle le pourquoi de son bien-fondé. Alors que notre « oui soit oui » à la vie et non à la mort, car notre foi est fondée sur la Parole du Christ et sa résurrection.
Père Jean COURTES