
L’évangile de ce dimanche est très connu. Des pharisiens veulent piéger Jésus et lui font demander s’il faut payer l’impôt à César, l’envahisseur ? S’il répond non il est hors la loi, s’il répond oui, il devient un collaborateur. Jésus va les surprendre par sa réponse : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Depuis cette phrase a fait couler beaucoup d’encre et chacun essaie de l’interpréter en fonction de ses convictions ou de ses intérêts. Pendant la guerre d’Algérie, le cardinal Duval archevêque d’Alger proteste publiquement contre la torture, l’état-major lui demande de s’occuper de ses affaires, c’est-à-dire de la religion et de leur laisser la conduite de la guerre. Rappelons-nous aussi, il y a quelques jours, le discours du Pape Léon XIV à l’Elysée sur la laïcité. En effet, le pape a insisté pour que l’Etat ne relègue pas la religion dans la sphère du privé, mais favorise l’expression de toute religion dans la société.
Dans l’évangile nous trouvons d’autres phrases de Jésus qui peuvent éclairer sa pensée. En st Jean par exemple dans sa dernière prière, Jésus dit à propos de ses disciples : « Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les ôter du monde mais de les garder du Mauvais. » Nous appartenons à deux mondes, impossible à séparer complètement. Bien sûr que nous vivons dans un pays avec ses lois à respecter, mais nous avons aussi une vie spirituelle, religieuse que nous devons pouvoir mener tranquillement.
Payer des impôts est un dû et non un don. Nous sommes obligés de payer des impôts et nous le faisons avec plus ou moins de bonne volonté. Nous savons aussi que nous ne pouvons pas faire autrement. Dieu ne nous oblige à rien. Il ne nous impose rien. Il nous propose son alliance et son amour et il nous invite à y entrer. Notre Dieu est Amour. L’amour n’exige rien car il est don. Certes il est heureux quand il reçoit, quand les deux sont sur la même longueur d’ondes. C’est la communion.
En renvoyant dos à dos ses interlocuteurs, Jésus leur dit clairement que le politique existe et que même s’il ne nous satisfait pas complètement, nous ne pouvons nous en affranchir. Payer des impôts est nécessaire à la vie collective. Mais Jésus leur dit aussi que le politique n’est pas Dieu, qu’il ne peut se substituer à lui. César n’est pas Dieu et ne peut avoir la main sur tout.
Comme croyant nous sommes invités à vivre notre vie de citoyen selon les règles de notre pays mais aussi selon celles de notre foi : honnêteté, équité, solidarité, etc. Notre foi au Christ va de pair avec une morale, une conscience morale où l’autre, le tiers, a droit à de la reconnaissance et à la justice. C’est pourquoi, il est heureux que notre Église rappelle régulièrement les grandes lignes de sa doctrine sociale comme le pape Léon XIV vient de le faire dans sa première encyclique « Magnifique Humanité ». C’est pourquoi, il est important que notre Église rappelle régulièrement qu’au-delà des questions politiques, comme celle de la migration, il y a des hommes et des femmes à sauver. Et comme citoyen notre foi au Christ peut aider César à mieux gérer l’humanité.
Père Jean COURTES