
En Palestine, au temps de Jésus, le puits est un élément essentiel à la vie sociale. Il est un lieu de rencontre où souvent les jeunes filles vont puiser l’eau nécessaire à la famille et les garçons en quête de l’âme sœur viennent entamer le dialogue. Le puits de Jacob, c’est le puit où Abraham envoie un serviteur pour trouver une femme à Isaac. Et Rébecca se trouvait là pour puiser de l’eau… Jésus est là, fatigué, assoiffé, il est midi, tout le monde à couvert, sauf une jeune samaritaine. Qui est-elle ? Comment s’appelle-t-elle ? Nul ne sait ! Elle est seule et elle vient puiser de l’eau. Jésus se fait demandeur. Un dialogue s’instaure. Partant d’une demande basique, mais vitale, il devient vite théologique et spirituel. Nous passons de l’eau nécessaire à la vie à l’eau vive, celle qui donne la vie éternelle. Pour les juifs, les Samaritains sont des mal croyants car ils font un syncrétisme entre la Loi de Moïse et des croyances païennes. La Samaritaine a elle aussi soif de Dieu.
Et nous, avons-nous soif de Dieu ? Sommes-nous en attente de dialogue sur Dieu, Jésus, l’Esprit saint ? Répondons-nous aux sollicitations qui nous sont faites ? Bref, cherchons-nous à nous asseoir au puits de Jacob pour faire des rencontres et entrer en dialogue sur notre vie spirituelle ? Fin décembre, le rassemblement de Taizé à Paris a manifesté qu’une jeunesse européenne répondait oui. Le mercredi des Cendres, dans toutes les églises de France, une affluence non habituelle répondait aussi oui. En ce carême, à partir de nos rencontres avec la Parole de Dieu, répondons-nous oui ? Car c’est dans le dialogue entre la Parole de Dieu et nos vies que nous entrerons sur ce chemin de la Pâque, sur le chemin du Christ.
La séquence : « Va, appelle ton mari » peut nous déconcerter. Dans la confiance, la femme parle de sa vie intime, de sa soif d’amour, sûrement blessée et toujours vive. La parole de Dieu nous interroge sur notre vie, toute notre vie. Nous le savons, elle nous invite à un examen de conscience, à regarder en vérité, tous les aspects de notre vie. Elle soulève les coins du tapis sous lequel nous dissimulons ce qui nous embête, etc. La parole de Dieu nous invite à un dialogue profond avec nous-mêmes d’abord. Au puits de la rencontre avec la Parole de Dieu laissons-nous interroger sans peur. Les questions que nous nous poserons, nous aiderons à avancer, à grandir, à devenir nous-mêmes.
Dieu n’est plus à chercher ailleurs qu’en nous-mêmes. Sa montagne, son Thabor, c’est notre cœur ! Là, dans le silence, nous le reconnaitrons, lui, le Dieu de Jésus et nous pourrons rentrer en dialogue avec lui. La prière nous unira un instant, nous marquera pour la journée ou le lendemain, et elle nous enverra dire à d’autres la Bonne Nouvelle. Dans l’évangile de la Samaritaine, beaucoup crurent d’abord à cause de la parole de la femme, mais à leur tour, ils vont expérimenter, écouter la parole de Jésus qui va creuser en eu une soif : celle de la rencontre de Dieu. En témoignant de ce que nous vivons au puits de la rencontre de la Parole de Dieu, nous invitons les autres à venir s’asseoir à leur tour sur cette margelle pour vivre une rencontre spirituelle. « Seigneur donne-nous cette eau vive ! »
Père Jean COURTES