
La réponse de Jésus à la question de Pierre est claire : le disciple doit pardonner tout le temps quelque soit la gravité de la faute. Il insiste avec cette histoire où la démesure semble la règle. Le serviteur doit une telle somme d’argent qu’il ne pourra jamais la rembourser. Pris de compassion à sa prière, le roi lui remet sa dette. Quand à son tour il rencontre son débiteur, il aurait dû être pris de compassion à sa prière, mais c’est son intransigeance qui est soulignée. Ceux qui voient la scène sont indignés.
Pardonner tout le temps comme le demande Jésus est-ce possible ? C’est parfois héroïque et nous avons quelques exemples où dans des cas extrêmes des personnes ont réussis. Ingrid Bettencourt qui a été prisonnière des FARC pendant 6 ans, qui s’est évadée et qui quelques années après a pardonné à se geôliers. Elle témoigne que le Christ en croix et sa dernière phrase : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » a nourri sa réflexion et sa volonté. Lorène qui découvre après 14 ans de mariage que son mari a un fils au Chili et qui ne lui a rien dit. Patrick qui pardonne à son agresseur sexuel quand il était enfant. Et nous pouvons les uns les autres évoquer telle ou telle personne qui nous sont proches et qui ont réussis à vivre le pardon totalement pour toujours du fond du cœur.
Pour cela, nous le savons, il nous faut prendre du recul et commencer par faire en nous la paix. Comprendre nos émotions, les décortiquer pour pouvoir les maitriser, nous donne de l’espace pour écouter autre chose que notre mal. Ensuite, pour nous chrétiens revenir à l’évangile. Jésus parle souvent du pardon : le fils prodigue, la femme adultère, Zachée, etc. Il nous aide à revenir à l’essentiel : l’amour, la paix, la fraternité. Le ressentiment, la haine sont comme une gangrène qui peuvent nous envahir et nous empêcher de vivre heureux. Jésus nous propose une méthode pour ne pas tomber dans ce piège : se regarder soi-même, prendre conscience de ses propres failles. « Je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié, ne devais-tu pas à ton tour avoir pitié de ton compagnon ? ». Il nous propose aussi de ne pas réduire l’autre à la faute, au mal qu’il a commis. Dans la parabole du fils prodigue, le père sort pour raisonner son fils ainé. Celui-ci n’est que reproches pour son cadet, il ne décolère pas parce qu’il ne voit que le mal qu’il lui a fait. Enfin, il faut aimer !
Pardonner c’est aimer. Dans l’évangile il nous est demandé d’aimer son frère du fond du cœur, l’aimer comme soi-même. Ce n’est pas facile loin de là, mais c’est le chemin qui nous est proposé et nous savons qu’il est praticable puisque chacun d’entre nous l’a emprunté. Blessé par un ami, un enfant, un conjoint, un collègue, obligé de vivre sous le même toit, de travaillé dans le même bureau, en dehors du divorce, de la séparation, le voie la meilleure est de vivre le pardon, et si possible la réconciliation. Ils ouvrent des chemins de vie, ils redonnent de l’énergie et de la joie. Sachons vivre cette Bonne Nouvelle de Jésus : pardonnons du fond du cœur quand quelqu’un nous fait du tort et nous fait mal. Notre vie est en jeu.
Père Jean COURTES