
Un docteur de Loi demande à Jésus quel est le plus grand commandement, car il y en avait 613 dans la Loi ! Lequel privilégier ? Il répond par le Shema Israël que tout juif reprend deux fois par jours, le matin et le soir : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». Autrement dit aimer Dieu avec tout ce que l’on est. Mais Jésus en rajoute un qu’il tire du Lévitique (19,18) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il les lie tous les deux les rendant interdépendants. Nul ne peut dire qu’il aime Dieu s’il n’aime pas son prochain et vice-versa.
Aujourd’hui, par les temps qui courent, nous entendons beaucoup de gens qui nous disent : « Prenez soin de vous ! » sous entendu ne déprimez pas, gardez le moral, soyez positif, etc. Oui, même si nous ne sommes pas des anges, nous sommes estimables, aimables. S’aimer soi-même ne veut pas dire être imbu de soi, égoïste, orgueilleux. S’aimer soi-même c’est s’aimer tel que nous sommes en vérité. Jésus nous demande de l’appliquer au prochain ! Là, c’est un peu plus compliqué. Nous le savons par expérience aimer l’autre est difficile car même s’il a des côtés qui nous plaisent et que nous recherchons, il a aussi des côtés qui nous irritent et qui provoquent souvent des tensions, des incompréhensions, des disputes. Les meilleurs amis du monde connaissent cela, les couples les plus soudés du monde aussi ! Prendre conscience que nous ne sommes pas parfaits nous-mêmes nous invite à regarder l’autre avec indulgence et bonté. N’exigeons pas d’eux ce que nous n’exigeons pas de nous !
Les deux commandements sont semblables dit Jésus car la source de tout amour est Dieu. Pour nous chrétiens, Dieu nous aime, aime tous les hommes et les femmes de tous les temps et nous sommes ses enfants. Nous aimer les uns les autres fait partie de notre ADN. La fraternité n’est pas une option mais une réalité de fait. Elle nous constitue. Mais qu’est-ce qu’aimer ? Eternelle question. Bien sûr, aimer c’est préférer, avoir une attirance, un sentiment pour une personne particulière. Mais plus encore, aimer c’est donner, c’est se donner gratuitement à un autre pour notre bonheur et le sien. Aimer est un mouvement, un chemin qui nous conduit à l’abandon. Chemin difficile, exigeant, car il nous veut sans cesse en sortie, en don de nous –même ce qui ne fait pas bon ménage avec notre égoïsme et notre quant à soi.
Ce chemin de l’amour est incarné par Jésus lui-même. Dans les évangiles nous découvrons un homme qui donne sa vie à Dieu son Père et à ceux qu’ils rencontrent. Il met en pratique ces deux commandements de l’amour jusqu’à en mourir sur la croix. Nous sommes invités à revenir à la source, à vivre cette double relation avec Dieu et avec les autres, tous les autres humains. Nous ne pouvons faire le tri ! Il ne peut y avoir mes voisins qu’il faudrait aimer et les étrangers que l’on pourrait rejeter. Jésus va même plus loin : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent », etc. C’est le chemin des Béatitudes que nous entendrons à la Toussaint.
Charles de Foucauld que nous allons découvrir ou redécouvrir cette année à Notre Dame de la Sagesse a écrit : « C’est en aimant les hommes que l’on apprend à aimer Dieu ».
Père Jean COURTES