
Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux anciens, autant dire à des grands connaisseurs de la Loi et il leur raconte une petite histoire simple et déconcertante. A travers elle, quel message veut-il leur faire passer ?
Le fait qu’un homme ait deux fils et qu’il leur demande à chacun de participer aux travaux agricoles n’a rien d’exceptionnel. Le fait aussi que l’un dise non, mais qu’après réflexion il y aille est banal, comme le fait que l’autre dise oui et n’aille pas au travail. Nous connaissons tous cette situation pour l’avoir vécu et comme enfant et comme père. La question que pose d’ailleurs Jésus parait superflus tant la réponse coule de source : il vaut mieux pour le père un fils qui dise non et qui se met à la tache plutôt qu’un fils qui dit oui et ne fait rien.
Le premier message que délivre Jésus est donc que Dieu notre Père nous demande d’aller travailler à sa vigne et chacun de nous est libre de sa réponse. Certains entendent cet appel et n’y répondent pas pour plusieurs raisons. Comme ils disent souvent « ce n’est pas mon truc » « je ne suis pas fait pour cela », etc. Ils se sentent loin de Dieu et de la religion, mais ils mènent une vie où des valeurs jouent un grand rôle, en particulier, le droit, la justice, la solidarité. D’autres entendent le même appel et y répondent positivement mais ne le vivent pas. Ils ne bougent pas ! Jésus souligne bien sûr la contradiction : ils disent oui et ne font pas, ce qui discrédite leur parole.
Le deuxième message que nous adresse cette petite parabole se trouve dans la relation de cet homme avec ses enfants. Le premier, celui qui a dit non d’abord, reconnait en cet homme son père. Le second, celui qui a dit oui, mais n’y va pas, l’appelle Seigneur. Il ne voit pas en lui un père mais un maître. Nous sommes invités à devenir des fils et des filles de Dieu en mettant en harmonie notre dire et notre faire, notre profession de foi en Dieu et notre pratique. Dire je crois en Dieu mais ne rien faire pour les autres est impossible. Jésus a lié à tout jamais l’amour de Dieu et du prochain. Relisons simplement le chapitre 25 de saint Matthieu : « j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez donné des vêtements… » Pas de foi sans acte. !
Enfin de troisième message que nous délivre cette petite parabole est que notre foi ne consiste pas en connaissance, en pitié, en rites, etc., mais dans l’amour de Dieu et de l’autres qui touche le cœur et le convertit. En prenant l’exemple des publicains et des prostituées, Jésus tape fort, car il leur dit que ces gens qu’ils méprisent pour la vie qu’ils mènent, les précèderont dans le Royaume de Dieu. Autrement dit, ils ne vont pas au Temple, ils ne font pas leur prière, mais ils mènent une vie qui les rapproche de Royaume de Dieu. Jésus tient souvent ce discours pour essayer de dire que la foi en Dieu doit se traduire concrètement dans la vie. C’est l’occasion de réfléchir à l’utilisation que des courants politiques, sociaux, religieux font de notre religion quand ils le vident de la Parole de Dieu. Comme se dire chrétien et ne pas traiter un immigré comme un frère ? Comment se dire chrétien et ne pas vivre la solidarité ? Comme se dire chrétien et être indifférent à ceux qui souffrent ?
Cette petite parabole n’a pas fini de nous interroger.
Père Jean COURTES