
La parabole que Jésus raconte aux grands prêtres et aux anciens est terrifiante par sa violence. Les vignerons tuent tous les envoyés du propriétaire et même son fils. Nous ne connaissons pas la raison et même s’il y en a une ou plusieurs pourquoi une telle violence ? Il nous faut bien sûr remettre cette histoire dans son contexte. Matthieu relit l’histoire du peuple de Dieu. Il leur dit en clair que c’est eux qui ont mis à mort Jésus le Fils de Dieu comme ils l’ont fait avec bien des prophètes. La vigne leur a été confiée par Dieu et ils ont cru qu’ils en étaient propriétaires, d’où l’exclusion de tous ceux qui se sont levés pour remettre les choses dans l’ordre. Jésus lui a été condamné pour blasphème et il en est mort sur une croix comme un malfaiteur. Il est devenu la pierre d’angle d’un nouveau Temple : l’Église.
Aujourd’hui, cette parabole nous interroge sur la violence qui imprègne notre monde. Est-il voué à cette violence pour l’éternité ? N’y a-t-il pas d’autres voies ? A regarder l’histoire de l’humanité nous pourrions être pessimiste. Déjà dans l’Ancien Testament, elle commence avec le conflit de Caïn et d’Abel et elle se poursuit dans des guerres, des conquêtes de territoires, des déportations, etc. Jésus a eu beau prêcher la paix, nous voyons bien que, même dans les régions les plus chrétiennes du monde, c’est souvent la violence et la guerre qui l’ont emporté. Aujourd’hui encore, la guerre est à nos portes et à l’autre bout du monde et la violence sous toutes ses formes prospère. Que faire pour arrêter ce cycle ? Notre foi au Christ a-t-elle un rôle à jouer ? Jésus peut-il être source d’une nouvelle vie où la conciliation remplacerait la violence, où la vie primerait sur tout, où toutes les bonnes volontés de l’humanité s’uniraient pour proposer des relations solidaires et fraternelles ?
Pour nous chrétiens, si Jésus est la pierre angulaire de notre foi et de notre Église, il nous invite à méditer et à partager les Béatitudes. « Heureux les artisans de paix », concrètement, heureux ceux qui au lieu d’utiliser la loi du plus fort, vont se mettre autour d’une table pour se parler et chercher une issue au conflit. Pour nous chrétiens regarder le Christ en croix, c’est regarder celui qui donne sa vie par amour pour que le monde ait une autre vie et puisse vivre dans la paix et la fraternité. Pour nous chrétiens regarder l’œuvre de Dieu en Jésus c’est prendre le chemin de la conciliation, du pardon mutuel, du vivre ensemble dans le respect et la justice. Pour cela nous avons un guide sûr : l’évangile ! Nous y trouvons tous les repères pour agir, pour nous remettre en question, pour chercher et trouver une nouvelle voie. L’évangile est source de vie et de pardon.
Notre Église nous le savons très bien, a succombé bien des fois dans son histoire à la violence. Sans porter de jugement sur le passé, la tentation des abus de pouvoir existe toujours aujourd’hui sous bien des formes. Cette prise de conscience l’amène aujourd’hui à redresser sa trajectoire et à ouvrir le chemin du dialogue, de la reconnaissance et du pardon. Le séjour du pape Léon à Lourdes en a été l’illustration et le signe. Méditer sur le Christ en croix, croire que la Résurrection en a fait la pierre angulaire d’une nouvelle vie pour le monde, c’est emprunter tous les chemins possibles, dans le respect des droits de chacun et la justice, pour que notre monde vive en paix. Nous les chrétiens nous avons un grand rôle à y jouer.
Père Jean COURTES